Nous sommes à la fin de l'année 2003. Berserk a déjà connu deux tentatives d'édition en France, via les éphémères éditions Samourai (le premier tome uniquement), puis Dynamic Visions, avant de s'arrêter à chaque fois. Un manga maudit ?
Moi, j'ai la casquette du "monsieur manga" des éditions Glénat, et en tant que consultant, je décide de conjurer le sort et de lui redonner sa chance. Mais le responsable éditorial de l'époque ne veut rien savoir : le dessin est sombre, l'ambiance glauque, il y a du sexe dès les premières pages. On est clairement loin de la vibe Dragon Ball, qui fait figure de mètre étalon chez Glénat au début des années 2000.
Pourtant, je m'accroche. J'insiste. J'explique à quel point ce dessin, qui semble peu accessible au premier abord, va gagner en maturité et en puissance. Je montre des pages issues des derniers volumes japonais de l'époque. J'explique l'histoire, les enjeux dramatiques, le flash-back qui raconte le héros blessé et torturé, l'incroyable Sabbath qui va tout changer à jamais. Et à force d'insister, Glénat cède.
Pour la traduction, je la confie à un ami avec qui j'avais travaillé sur l'animé Evangelion chez Dybex. Sa plume fait mouche à chaque page, et la série finira par atteindre son statut de culte absolu en France.
Je précise que c'était une autre époque : j'avais alors introduit la segmentation shonen/shojo/seinen chez Glénat pour clarifier leur collection, une décision dont je mesure aujourd'hui mieux les limites.