
Chaque vendredi, Netflix sort un nouvel épisode de Steel Ball Run. Le lundi suivant à 10h, soit 72 heures plus tard, je reprends une ou deux scènes pour comparer le japonais avec les sous-titres français, en te donnant au passage ma propre version. J’ai traduit Steel Ball Run à partir du tome 8, donc quand l’anime arrivera à ces chapitres, je pourrai aussi te montrer les choix que j’avais faits à l’époque.
「手に汗握っちゃった」Te ni ase nigitchattaLes mains moites
La scène. Le pouvoir d’Oyecomova oblige Gyro à maintenir des épingles en place pour éviter l’explosion. Sauf que sous la pression, il transpire. Les épingles se retrouvent collées à cette sueur et commencent à sortir avec elle, du coup plus il les retient, plus il aggrave le piège.
手に汗を握る (te ni ase o nigiru) : avoir les mains moites
Mot à mot, 手に汗を握る (te ni ase o nigiru), c’est « serrer de la sueur dans sa main ». C’est une expression toute faite qu’on emploie quand on suit quelque chose de tellement tendu qu’on en a les mains moites, un match serré par exemple, 手に汗を握る試合だった (te ni ase o nigiru shiai datta), « c’était un match à couper le souffle ». Dans la réplique, Oyecomova saute le を (o), comme souvent à l’oral. Quant à 握っちゃった (nigitchatta), c’est la version parlée de 握ってしまった (nigitte shimatta).
D’ailleurs, la phrase japonaise ne dit pas qui a eu les mains moites. Les sous-titres ont choisi « je », alors que moi, j’entends surtout Oyecomova qui commente la scène en se moquant de la tension.
L’ennemi annonce le piège
Ce qui m’amuse dans cette scène, c’est que c’est Oyecomova lui-même qui sort l’expression, juste avant que la sueur de Gyro devienne son arme. D’habitude, les mains moites, c’est une image. Sauf que là, Gyro transpire pour de vrai, au point que les épingles sortent avec sa sueur. Du coup, le traducteur a un vrai problème, parce qu’il lui faut une expression française qui marche à la fois au sens figuré et au sens propre.
Ce qu’ont fait les sous-titres
« J’ai eu des sueurs froides » se comprend tout de suite et garde l’idée de la transpiration, même si on perd les mains, alors que toute la scène se joue justement sur les mains de Gyro. Moi, je partirais plutôt sur les mains moites, qui marchent aussi bien pour la tension que pour la sueur bien réelle. Pour ヤツをやるしかねえ (yatsu o yaru shika nê), « Je dois l’éliminer » est plus sage que le japonais. しかない (shika nai) veut dire « il n’y a que ça à faire », et Gyro le prononce しかねえ (shika nê), à la façon des durs, du coup j’aurais tiré vers « Je n’ai plus qu’à l’abattre ! ».
押さえれば押さえるほど (osaereba osaeru hodo) : plus je retiens, plus…
Pour dire « plus je fais quelque chose, plus… », le japonais répète le verbe deux fois. La première fois, on change le dernier son du verbe, る (ru) devient れ (re), む (mu) devient め (me), puis on ajoute ば (ba). La deuxième fois, on laisse le verbe tel quel et on met ほど (hodo) derrière, parfois écrit 程 en kanji comme dans les sous-titres. C’est une tournure que j’aime bien faire travailler, parce qu’elle sert tout le temps, comme dans 練習すればするほど上手になる (renshû sureba suru hodo jôzu ni naru), « plus on s’entraîne, plus on progresse ».
Quant à 汗かいてくる (ase kaite kuru), c’est 汗をかく (ase o kaku), « transpirer », encore une fois sans le を (o). Le くる (kuru) ajoute l’idée que ça monte petit à petit.
Comment le dirais-tu naturellement en français ?
手に汗握っちゃったTe ni ase nigitchatta
Correction en attente. Reviens sur cette page pour découvrir la note d’Anthony.
Les propositions et les corrections d’Anthony
Chargement…
Module de correction d’Anthony
Cette zone privée apparaît uniquement avec ?admin=1.
Fabrique ta phrase en « plus…, plus… »
Choisis une action, puis ce qui arrive quand tu la fais de plus en plus.
En violet, les deux pièces qui fabriquent la tournure : ば (ba) collé au premier verbe, puis ほど (hodo) derrière le deuxième.
「僕も行くに決まってるだろ!」Boku mo iku ni kimatteru daro!Évidemment que je viens aussi !
La scène. Gyro estime que son affaire avec Oyecomova ne regarde que lui et son pays. Johnny, lui, ne l’entend pas de cette oreille.
La phrase clé, découpée wagon par wagon :
Mot à mot : « Moi aussi, y aller, c’est réglé, hein ! »
〜に決まってる (ni kimatteru) : évidemment
決まる (kimaru) veut dire « être décidé », « être fixé ». Quand Johnny dit 行くに決まってる (iku ni kimatteru), c’est comme s’il disait « que je viens, c’est réglé d’avance », du coup en français ça donne « évidemment que je viens ». À l’oral, 決まっている (kimatte iru) se raccourcit en 決まってる (kimatteru). Le だろ (daro) de la fin, c’est le « hein ! » de quelqu’un qui n’attend même pas de réponse. Compare avec 僕も行きたい (boku mo ikitai), « moi aussi, j’ai envie de venir » : Johnny ne demande rien, il annonce.
話したくないなら (hanashitaku nai nara) : si tu ne veux pas en parler
話す (hanasu), c’est « parler ». 話したい (hanashitai) veut dire « avoir envie de parler », 話したくない (hanashitaku nai) « ne pas avoir envie de parler », puis なら (nara) ajoute le « si ». Ce que j’aime dans cette réplique, c’est que Johnny laisse à Gyro le droit de se taire, juste avant de lui imposer sa présence.
Ce qu’ont fait les sous-titres
Les sous-titres ont choisi « Tu n’as pas à me le dire », qui garde bien l’idée que Johnny n’exige rien. En japonais, il pose quand même une condition, « si tu ne veux pas ». C’est ce qui donne tout son poids au « mais » qui suit : il accepte de ne rien savoir, sauf qu’il vient quand même. « Mais je t’accompagne, point final ! » marche très bien à l’écran, même si « point final » coupe court à la discussion, alors que le japonais présente plutôt la chose comme une évidence. Du coup, je préfère « évidemment que je viens », plus proche de ce 決まってる (kimatteru).
好きにしろ (suki ni shiro) : fais comme tu veux
今さら (imasara) veut dire « maintenant, après tout ce qu’on a vécu », avec l’idée qu’il est trop tard pour faire machine arrière. Du coup, 今さら別行動で行けるか (imasara betsu kôdô de ikeru ka) ressemble à une question, mais Johnny n’attend aucune réponse, pour lui la séparation est hors de question.
Dans la réponse de Gyro, on retrouve le ろ (ro) de l’épisode 4 avec しろ (shiro), la façon sèche de dire « fais ! » à partir de する (suru). Mot à mot, 好きにしろ, c’est « fais à ton goût ». Les sous-titres ont choisi « Comme tu voudras », qui insiste sur le fait que Gyro cède. « Fais comme tu veux » garde mieux la rudesse de 好きにしろ, même si dans les deux cas, Gyro accepte sans l’avouer.
Ce que tu retiens
- 手に汗を握る (te ni ase o nigiru) veut dire « avoir les mains moites de tension ». Dans cet épisode, c’est l’ennemi lui-même qui sort l’expression, juste avant que la sueur de Gyro devienne un piège.
- Pour dire « plus…, plus… », on répète le verbe, d’abord avec ば (ba) puis avec ほど (hodo), comme dans 練習すればするほど (renshû sureba suru hodo).
- 行くに決まってる (iku ni kimatteru) veut dire « évidemment que je viens ».
Anthony Astralia Prezman